Proyecto Zamora Chinchipe

El proyecto Zamora-Chinchipe del IRD

Diario Le Monde.fr: Découverte en Amazonie d’une civilisation vieille de 4 500 ans

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Article paru dans l’édition du journal Le Monde du 11.07.03

Intriguée par de vieux bols en pierre présents chez des particuliers, une mission franco-équatorienne a mené des fouilles sur les contreforts des Andes. Elles leur ont permis de mettre au jour les objets raffinés d’une société qui pourrait avoir influencé les autres cultures de la région

Des archéologues français et équatoriens qui travaillaient le long d’un affluent du rio Chinchipe (Equateur) sur des structures funéraires vieilles de 4 500 ans, et creusées dans une petite terrasse fluviale, ont mis au jour une dizaine de récipients (bols, petits plats et mortiers) en pierre finement polie ainsi que des tessons de poterie.

Ces découvertes, qui ont été faites non loin de la petite ville de Palanda (Province de Zamora-Chinchipe) et ont été annoncées début juillet à Quito, paraissent prometteuses. Tout semble indiquer en effet que ces objets, trouvés à La Florida (1 000 mètres d’altitude), sur les contreforts des Andes, appartiennent à une civilisation avancée ayant vécu dans une zone de la forêt amazonienne qui n’avait jamais encore fait l’objet de recherches archéologiques.

Structures funéraires ?

La découverte équatorienne a toutes les allures d’un roman. En 2000, des archéologues français et équatoriens avaient été intrigués par la présence de bols en pierre taillée chez certains particuliers. Après enquête, il est apparu que cette dizaine d’objets avaient été mis au jour trois ans auparavant, lors du creusement d’une route.

Après une recherche en aval des bassins fluviaux de l’Isimanchi, du Valladolid, du Palanda et du Mayo (Equateur), les chercheurs ont trouvé deux sites comportant des récipients en pierre polie. L’un d’eux, situé à La Florida (haut rio Palanda), s’est montré particulièrement intéressant en raison de la présence de trois monticules disposés sur une petite terrasse fluviale. Des structures funéraires ?

L’équipe franco-équatorienne a fouillé l’un d’entre eux, partiellement abîmé par les coups de la pelle mécanique. Sous la terrasse fluviale, ils ont découvert une fosse de deux mètres de profondeur dont les parois étaient étayées par un mètre de pierres, le tout étant recouvert de blocs et de terre. Ces éléments de construction ont été datés au carbone 14 et leur âge a été estimé à 2 450 ans avant notre ère.

« Ce site, pense Jean Guffroy, directeur de l’unité Adaptations humaines aux environnements tropicaux durant l’holocène à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) d’Orléans (Loiret), a été occupé. Mais ce n’est pas un lieu d’habitat. Il s’agit plutôt d’un lieu cultuel, et sans doute funéraire. La structure elle-même est le fruit du travail d’architectes et d’aménageurs. » Pour les deux autres monticules, des fouilles sont en cours. Il y a une quinzaine de jours, révèle le chercheur français, « un autre bol entier, un millier de petites perles en jadéite et un fragment de crâne humain » ont été exhumés non loin de là.

L’un des récipients découverts a tout particulièrement surpris les archéologues. Il s’agit d’un bol de 20 centimètres de diamètre, taillé dans une roche bicolore et sur lequel ont été gravés des motifs iconographiques complexes – têtes félines, serpents et rapaces – fruits d’une symbolique très liée à la forêt tropicale humide. L’ornementation utilisée rappelle celle des premières grandes civilisations andines de Chavin et de Cupisnique (la tradition côtière de Chavin), au Pérou.

« La qualité iconographique et artistique exceptionnelle des bols et l’architecture élaborée des structures funéraires sont telles que l’on se demande si cette culture n’a pas été la matrice des premières civilisations andines, et notamment celle de Chavin », avance Jean Guffroy. Cette dernière, rappelle-t-il, s’est développée dans les Andes péruviennes de 1200-1300 av. J.-C. jusqu’à 200 avant notre ère. Elle tire son nom du site de Chavin de Huantar découvert à l’est de la Cordillera Blanca, par 3 200 mètres d’altitude. Là ont été mises au jour des ruines de bâtiments à l’architecture massive décorés de sculptures « traitées en gravures et en bas-reliefs ».

« L’idéologie et l’iconographie Chavin étaient peut-être déjà en maturation dans cette région où est située La Florida », propose Jean Guffroy, qui a fouillé ce site en compagnie de deux archéologues de l’IRD de Quito, Francisco Valdez et Geoffroy de Saulieu, et d’un Equatorien, Julio Hurtado. « La théorie dominante suppose que la culture Chavin n’a pas dépassé les frontières du Pérou. Or, ici, nous avons retrouvé des éléments comparables au nord du Pérou, et dans un contexte de forêt. »

La découverte franco-équatorienne est d’autant plus intéressante qu’elle a été effectuée dans l’Amazonie occidentale, une région recouverte d’une forêt tropicale humide fortement éclaircie par endroits, et encore mal connue des archéologues. Cette zone, située sur les flancs inférieurs de la cordillère orientale des Andes, s’étend jusqu’à la plaine amazonienne. Le fleuve Amazone y prend ses sources, et la faune et la flore y sont beaucoup plus riches et diversifiées que dans la plaine alluviale. Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’homme ait choisi de s’y installer.

« Enfers verts »

Malheureusement, cet environnement très humide est peu propice à la découverte d’anciennes traces d’occupation humaine. Les sols sont acides et sujets à des écoulements de boue fréquents, tandis que le relief accidenté et la couverture végétale rendent difficiles la conservation et la détection des vestiges. Travaillant dans la région depuis de nombreuses années, les chercheurs de l’IRD et leurs collègues équatoriens ont répertorié un grand nombre de sites, mais d’occupation beaucoup plus tardive et correspondant au style Corrugado. Un style plus rustique caractérisé par la présence de bandes apparentes d’argile sur le col des récipients.

Cet art propre à un grand nombre de populations (proto-jivaros) ayant occupé l’Amazonie occidentale depuis la seconde moitié du premier millénaire de notre ère jusqu’à nos jours manque de finesse. Il n’est pas aussi délicat que celui qui orne les récipients découverts à La Florida. Objets qui témoignent de manière éloquente que des cultures raffinées ont pu se développer et s’épanouir dans des régions tropicales humides, apparemment inhospitalières à l’homme, mais qui étaient loin d’être les « enfers verts » que l’on décrit habituellement.

Les travaux menés par l’équipe de Jean Guffroy au sud du Cameroun, en Equateur, à Sumatra et dans les îles océaniennes montrent en effet que l’homme s’est adapté très tôt à ce type de milieu. En Amérique centrale, les civilisations olmèque et maya, nées dans des zones également forestières, ont ainsi fait la preuve d’un haut niveau d’adaptation. Mais, « dans l’état actuel des connaissances, les civilisations d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud semblent, estime Jean Guffroy, s’être développées séparément ».

P/
Christiane Galus

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